PARIS – MIGRATIONS, PRÉCARITÉS, DISPOSITIFS: 10 ANS DE RÉFLEXIONS

Programme du colloque Bociek

Table Ronde n°3 : Mutabar Tadjibayeva

Abdon GOUDJO: Alors voilà, on va commencer par quelques mots. C’est une combattante, une journaliste combattante. Une journaliste engagée. Vous avez failli avoir devant vous un prix Nobel. Elle a été nominée en 2005 pour le prix Nobel donc total respect pour son engagement.

Pour le reste, madame Mutabar va vous dire largement tout ce qu’elle a à vous dire car vraiment votre parcours me rend plus engagé. Pour un témoignage en toute liberté, vous aurez la chance d’avoir une traductrice qui vous dira de manière extrêmement étayée tous les propos portés par notre témoin. Je vous en prie, allez-y.

Mutabar TADJIBAYEVA: Tout d’abord, j’aimerai vous remercier de m’avoir invité à cet évènement, les dix ans de l’association. Je suis vraiment contente d’être là et de pouvoir participer et témoigner.

Je sais que nous sommes ici avec les experts et les spécialistes qui s’occupent des victimes comme moi, des victimes de torture, et j’aimerais leur dire un grand merci pour leur travail, leur activité.

Votre soutien est très important pour les victimes de la torture et je suis vraiment reconnaissante pour ce que vous faites et je tiens à dire que c’est très important d’être suivi tout au long de sa vie parce que c’est quelque chose que l’on garde en soi éternellement, ça ne part pas.

Je veux dire d’abord que chaque victime de torture à son calendrier. Ce n’est pas un calendrier classique mais un calendrier qu’elle tient dans son cerveau et chaque victime possède ce calendrier.

Ce matin par exemple, je me suis levée et j’avais très mal à la tête et aux jambes et en fait, sur le chemin pour venir ici je n’avais qu’une chose en tête, mon expérience qui date de trente ans.

Le 13 décembre jour pour jour, on a organisé un accident de voiture dans lequel je devais mourir et auquel j’ai survécu. Voilà quelles étaient mes pensées en venant ici. Il faut savoir aussi que l’on fait des cauchemars en permanence.

J’ai rêvé que l’on avait enlevé ma petite fille, que mon autre fille et moi étions paniquées…

Voilà mon quotidien. Je me suis réveillée en larme, je rêve que je retrouve ma petite fille dans un couloir et je me réveille, en larme.

J’ai fait ce rêve plus précisément le 15 avril dernier et quand je me suis réveillée je ne pouvais pas m’arrêter de pleurer, ça a duré trois, quatre heures. Je ne pouvais pas me contrôler, je ne savais pas ce qu’il m’arrivait.

J’ai réfléchi après et je me suis souvenu qu’en 2005, le 15 avril, je me suis fait violer. Ce que j’essaye de dire, c’est que ça ne vous quitte jamais. Ça vous hante. Et même dans vos rêves, on ne peut pas se débarrasser de ça. Ça nous poursuit consciemment et inconsciemment. C’est toujours avec nous et on ne peut pas s’en débarrasser.

Mais nous avons la possibilité de soulager cela. Olga ici présente me soutient beaucoup et m’aide beaucoup à vivre avec mes souvenirs, avec mon expérience.

Grace à Olga et l’association avec laquelle elle travaille, les femmes comme moi ont du soutien et un grand merci, vraiment, à l’association et à Olga car nous nous sentons moins seules.

Je suis très reconnaissante à la France, au ministère des affaires étrangères, à la fédération de la protection des droits de l’Homme  (FIDH), à Reporter sans frontières (RSF) et également à l’association de l’action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), pour leur soutien et leur travail quotidien pour les gens comme moi.

Un grand merci à Juan BOGGINO, le directeur de ‘’Traces’’ qui est une organisation internationale clinique et de psychanalyse, qui est là aujourd’hui, pour son soutien et qui a travaillé avec moi après ma libération.

Il faut savoir que j’ai été dans un état très grave après ma libération car j’ai été torturée et opérée contre ma volonté. Après mon réveil, je ne savais pas en quoi avait consisté l’opération et je ne l’ai su que bien plus tard. On m’a stérilisé, on a enlevé mon utérus.

Après ma libération, j’ai été contactée par des gens corrompus qui pouvait m’aider financièrement mais qui voulaient profiter de moi pour faire leurs affaires et c’est Juan BOGGINO qui m’a aidé, accompagné, soutenu et j’ai eu la force de résister à ces gens-là.

Il m’a parlé de la situation de sécurité dans l’avion quand on dit que, par exemple, quand les masques d’oxygène tombent il faut d’abord que la mère mette le masque sur elle et ensuite, lorsqu’elle est en sécurité, elle peut le mettre sur l’enfant. (Note : C’est-à-dire qu’il faut d’abord penser à se protéger soi-même avant de pouvoir protéger les autres.)

Un grand merci à madame AGRALI et son organisation qui me soutiennent depuis 2014, m’aident à vivre et à avancer. Un grand merci à tous ces gens qui me soutiennent au quotidien, les médecins, les psychologues et le physiothérapeute.

J’ai perdu ma sœur qui a été tuée pour la même activité que moi et j’ai été dans un état de choc à ce moment-là.

Avec le décès de ma sœur, j’ai eu un mal de dos très aigue que rien ne pouvait soulager et grâce au physiothérapeute, monsieur Jacques, j’ai pu guérir et être soulagé et depuis je suis suivie par lui et j’en suis très reconnaissante.

Je veux surtout les remercier pour leur soutien parce que, non seulement ça me soulage physiquement et j’ai un soutien psychologique, mais surtout parce que je peux continuer mon activité de journaliste et d’écrivaine et c’est ce qui est le plus important pour moi.

Grace au soutien de la communauté internationale, j’ai été libérée. J’ai passé deux ans et huit mois en prison mais c’est vraiment grâce au soutien venu de l’étranger que j’ai été libérée par le gouvernant ouzbèque. Ils m’ont tué physiquement mais ils n’ont pas réussi à me tuer spirituellement.

Après ma libération, j’ai passé trois ans de ma vie à écrire mon livre, mon roman chronique : ‘’la prisonnière de l’ile de la torture’’. Mon livre a été publié en ouzbèque. Je voulais vous le présenter aujourd’hui mais malheureusement nous ne l’avons pas reçu à temps parce qu’il a été édité en Ukraine.

Il faut savoir que l’on n’ait toujours pas tranquilles même si ma famille et moi-même sommes en France, on est toujours persécutés. Nous ne sommes pas tranquilles, on pense toujours à nous et on n’a pas été oublié. Nous sommes toujours sur nos gardes.

Avec mon organisation, je travaille au quotidien avec les victimes des répressions politiques venus des pays post-soviétiques et tous les jours je rencontre ces gens-là ce qui réveille ma souffrance physique.

Je sais que j’ai de la chance d’être soutenue par les différents organismes et les différents experts qui m’aident, qui me suivent et qui me soutiennent tel que Juan BOGGINO mais tous les gens qui viennent n’ont pas la même chance que moi et c’est ça qui est dur.

Je vous demande votre soutien. Il y a beaucoup de gens qui ont besoin du soutien dont je bénéficie et j’aimerais que plus de gens aient cette chance. Parce que ce qu’ils ont fait c’est énorme, c’est grâce à eux que je suis en vie aujourd’hui devant vous, grâce à ces organisations et on a toujours vraiment besoin d’eux. Je ne veux pas prendre plus de temps mais je suis ouverte à toutes les questions donc n’hésitez pas. Merci à tous.

J’ai juste une dernière demande pour vous. S’il vous plait, si vous pouvez signer la feuille qui est avec moi. Cela concerne mon homologue ouzbèque, un journaliste qui est détenu en ce moment dans une cave et qui est torturé, son nom c’est Bobomurad Abdullayev.

Le document que je vais vous faire passer, je vais l’envoyer au président ouzbèque pour qu’il sache que ce journaliste n’est pas seul, que vous êtes au courant, qu’il y a des gens qui ont signés. Merci d’avance pour votre soutien.

Abdon GOUDJO: Merci beaucoup madame, merci pour cette qualité de prestation. Pas de commentaire, ça se suf

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