L’histoire de Mutabar Tadjibayeva. Elle une recidiviste? № 1 (2000 – 2006)

L’HISTOIRE DE MUTABAR TADJIBAYEVA

Mutabar Tadjibayeva est une journaliste indépendante, écrivaine, militante des droits de l’homme, fondatrice et responsable de l’Association Internationale des Droits de l’homme «Club des Cœurs Ardents».

Elle est auteure du roman-chronique «La Prisonnière de l’Île de la Torture» qui a pour sujet la violence des tortures en Ouzbékistan, ainsi que des brochures «Monument» et «Soyons vigilants!» Son récit policier «Femme justicière à la tête d’or» a été confisqué lors de l’arrestation de Mutabar Tadjibayeva et détruit comme preuve.

Le 17 janvier 2000, lors de l’assemblée des citoyens «Zuhro» (à Marguilan), Tadjibayeva est élue secrétaire de la première organisation politique PDPU (Parti Démocratique Populaire d’Ouzbékistan).

Devenue membre du parti, Tadjibayeva a initié la création d’une filiale de PDPU dans sa mahallah (son quartier) «Zuhro».

Cinq femmes et mères ont créé le «Club des Cœur Ardents» pour lutter contre le trafic de drogues et la criminalité, en choisissant comme devise «Nous lutterons contre tout le mal sévissant dans notre société – NOUS SOMMES AUX AGUETS!» Notons que les tours d’immeubles du mahallah «Zuhro» étaient un des lieux les plus dangereux du pays en termes de criminalité et de narcotrafic.

Créée pour agir contre le trafic de drogues, pour lutter contre la criminalité, l’organisation de défense des droits de l’homme «Club des Cœurs Ardents» mène ses activités selon sa devise «Nous lutterons contre tout le mal sévissant dans notre société – NOUS SOMMES AUX AGUETS!»

En 2005, l’organisation publique «Peace Women Across the Globe», qui réunit des milliers de femmes activistes de la paix et propose leurs candidatures pour le Prix Nobel de la Paix, a également inclus dans sa liste le nom de Mutabar Tadjibayeva, fondatrice et directrice du «Club des Cœurs Ardents».

Malgré le danger que cela représente pour sa vie, Mutabar a toujours critiqué ouvertement le régime dictatorial en Ouzbékistan et lutté pour les droits de l’homme.

MUTABAR TADJIBAYEVA, UNE RECIDIVISTE?

En 2001, lorsque le journal «Tchekhra» (Lik) de la région de Ferghana en Ouzbékistan a commencé la publication du récit policier de Mutabar Tadjibayeva «Oltin bochli kassoskor ayol» («Femme justicière à la tête d’or»), la direction administrative de la région de Ferghana réclamé une cessation immédiate de la publication du récit. Après avoir refusé cet ordre, le journal a été fermé. 

Après cela, le Bureau du Président de la République d’Ouzbékistan a édité l’ordre de refuser toute publication des textes écrits par Mutabar Tadjibayeva, après quoi elle était contrainte d’écrire sous le pseudonyme de Koumouch Mirzakarimova (il s’agit du nom de l’héroïne d’Abdull Kadyriï «Le quotidien” de Koumouchbibi, dont le père était originaire de Margilan, la ville où Mutabar Tadjibayeva est née et a grandi).  

Jusqu’en 2005, au sommet de son activité, des dizaines de groupes d’initiative publique travaillaient parallèlement au «Club des Cœur Ardents». Cela a effrayé le gouvernement ouzbek et l’activité de l’organisation avait été interdite par la décision du tribunal d’Ouzbékistan. 

A cause de son activité pour la défense des droits de l’homme, Mutabar Tadjibayeva a été victime des violences politiques, des répressions et des tortures à partir de 2002. Elle a subi des tortures, des tentatives de meurtres dans des accidents de voiture, des menaces, des jugements abusifs et une stérilisation forcée suite à l’opération de l’ablation de l’utérus réalisée sans son accord.   

 

Elle a été à plusieurs reprises accusée dans des affaires judiciaires iniques selon les articles suivants du Code de justice administrative de la République d’Ouzbékistan:  

1. Le 1er juillet 2002, accusation selon l’article 183 «Petite délinquance» ainsi que selon l’article 194 partie 1 «Non respect des exigences légales du représentant de la police»;

2. Le 14 octobre 2002, accusation selon l’article 201 partie 1 «Infraction à l’ordre par l’organisation et le déroulement des réunions, des meetings, des marches publiques ou des démonstrations»;

3. Le 10 juin 2003, accusation selon l’article 201 partie 1 «Infraction à l’ordre par l’organisation et le déroulement des réunions, des meetings, des marches publiques ou des démonstrations»;

4. Le 20 août 2003, accusation selon l’article 201 partie 1 «Infraction à l’ordre par l’organisation et le déroulement des réunions, des meetings, des marches publiques ou des démonstrations»;

5. Le 20 août 2003, accusation selon l’article 41, «Offense et humiliation intentionnée de la dignité humaine».

A chaque fois Mutabar a réussi à obtenir un gain de cause auprès du régime dictatorial de Karimov. Aujourd’hui, elle doit se défendre devant la justice française pour «diffamation» et «insulte».

Cela ressemble à une récidive car auparavant, en 2005, Madame M. Tadjibayeva avait déjà été accusée par le tribunal d’Ouzbékistan pour 18 chefs d’accusation y compris la «diffamation» (article 139 du Code pénal d’Ouzbékistan) et l’«insulte» (article 140 du Code pénal d’Ouzbékistan).

A l’époque, la «victime de diffamation» et des «insultes» de Tadjibayeva avait été l’ancien chef du Service national de la Sécurité d’Ouzbékistan, Roustam Inoyatov, l’ancien Procureur général de la République d’Ouzbékistan Rashid Kadyrov qui se trouve désormais en prison pour les accusations qu’avait avancées M. Tadjibayeva.

Par la suite, au cours de son activité  et même durant son jugement, elle réclamait la convocation de toutes les «victimes» de sa «diffamation» et de ses «insultes» ainsi que d’une cinquantaine de fonctionnaires des forces de l’ordre, des juges, des employés de la presse travaillant pour les intérêts de la corruption dans le pays.    

Outre Roustam Inoyatov, Rachid Kodyrov et Islam Karimov, même les forces de l’ordre d’Ouzbékistan, les tribunaux et les médias de masse qui dissimulaient les crimes du régime ouzbek à la tête duquel se trouvait le «bourreau d’Andijan», le président Islam Karimov ont été «victimes de diffamation» de Mutabar Tadjibayeva.

L’une des victimes de Tadjibayeba a été …

Après la publication de l’article critique de M. Tadjibayeva intitulé «Epreuve par la reconnaissance. A l’attention de l’ancien adjoint du Procureur de la région de Ferghana Marouf Ousmanov» dans la rubrique «Le regret! Si tu ne peux faire le bien, ne fais pas le mal», publié sous le pseudonyme Koumouch Mirzakarimova dans le № 22 du journal républicain «Mokhiyat» le 3 juin 2005, le rédacteur en chef du journal a été sévèrement puni non seulement pour avoir publié l’article critique de Mutabar Tadjibayeva mais aussi pour avoir osé publier l’article critiquant le sénateur du gouvernement. Tous les exemplaires du journal ont été retirés en urgence des kiosques et détruits.

Cet article critique consacré à khokim (le Maire) de la ville de Kokand Marouf Ousmanov qui occupait également le poste du responsable adjoint au comité de la défense et de la sécurité du Sénat d’Ouzbékistan – Oliy Majlis – ainsi que la fonction d’adjoint du Procureur de la région de Ferghana. Fonctionnaire corrompu, Marouf Ousmanov était organisateur des violentes tortures.

Le rapport de l’«Expertise littéraire judiciaire» était considéré comme preuve d’«insulte» et de «diffamation» que M. Tadjibayeva avait soi-disant lancées à l’attention des chefs du régime totalitaire impliqués dans l’affaire numéro 41254013.

C’est alors que Madame Tadjibayeva a été envoyée pour ses «crimes» dans le célèbre Goulag ouzbek pour trois ans. Elle a été jugée de manière illégale et condamnée pour 8 ans de prison. Après 970 de détention sur l’«Ile des Tortures», elle a été libérée, devenue handicapée et stérilisée. 

Dans le rapport de l’«Expertise littéraire judiciaire» signé par le responsable de la commission M. Abdoullayev ainsi que par les membres de la commission A. Mamajanov, S. Mouminov, M. Khakimov et envoyé le 12 décembre 2005 au directeur du groupe d’enquête du Tribunal de la région de Ferghana, Nourmoukhammad Soulaïmanov, on pouvait lire les conclusions suivantes:

RAPPORT D’EXPERTISE

Ayant pris connaissance du contenu des 28 affiches écrites en cyrillique et de différentes tailles appartenant à Madame Mutabar Tadjibayeva inculpée dans l’affaire judiciaire 41254013, nous, spécialistes – responsable de la faculté de philosophie de l’Université publique de Ferghana, docteur en philosophie, professeur M. Abdoullayev, responsable de la faculté de linguistique ouzbèke, docteur en philologie, professeur A. Mamajanov, maître de conférences de la faculté, docteur en philologie Siddik Mouminov, maître de conférences de la faculté de linguistique, docteur en littérature étrangère, docteur en philologie M. Khakimov, sont parvenus à la conclusion suivante :

CONCLUSION

1. Tout d’abord, il faut noter que les textes figurant sur l’affiche sont écrits de manière incorrecte. Dans les textes de toutes les affiches figurent les termes tels que «corrompu», «illettré», «privilégié» qui humilient et portent atteinte à la personnalité et la dignité humaine.

L’argument selon lequel ces termes sont considérés comme des insultes relève du facteur philologique: l’objectivisme. Cependant il faut attirer l’attention sur la correspondance ou non des actes, du comportement et de l’activité des personnes à l’attention desquelles sont adressées ces paroles.   

Au cas où les individus (Inoyatov, Rashidov, Karimov et les autres) mentionnés dans les textes des affiches exercent honnêtement leur devoir professionnel (leurs responsabilités) et ne commettent pas de fautes professionnelles, ces termes sont assurément insultants.

2. Comme il est souligné dans l’article 26 de la Constitution de la République d’Ouzbékistan, «avant l’examen de l’affaire dans l’ordre prévu par la loi et avant la déclaration de la culpabilité pour les crimes commis de chacun des accusés, l’accusé n’est pas considéré comme coupable». De la même manière qu’il est interdit de reconnaître quelqu’un comme coupable avant la décision de la justice, il est logiquement incorrect d’utiliser les termes comme «corrompu», «illettré», «privilégié».

D’autres part, les affiches avec les inscriptions comme «C’est la fin du gouvernement injuste», «La démission du gouvernement de sangsues!», «Libérez Islam Karimov de sa présidence!» peuvent susciter la panique dans la population, la méfiance envers le gouvernement et les dirigeants de l’Etat, et contribuer à l’instabilité de la situation dans le pays».    

Les militants du «Club des Cœurs Ardents» et les représentants des groupes d’initiation populaire tels que Mavjouda Atakoulova («Honneur»), Askarali Fïzoullayev («Juristes contre les tortures»), Erkin Kouziyev (représentant de la Société des droits de l’homme en Ouzbékistan «Ezgoulik») étaient arrêtés et ont subi des tortures. Contre d’autres militants tels que Valijon Koutchkarov, Ismoil Mallaboyev et Mamirjon Missiraliyev ont été entamé des poursuites judiciaires. Ils ont été jugés dans des procédures fabriquées de toutes pièces. 

L’organisation de défense des droits de l’homme «Club des Cœur Ardents» et sa dirigeante Mutabar Tadjibayeva ont réalisé un monitoring et une enquête journalistique à partir de 2004 sur la situation en Andijan. Le 4 avril 2005, les journalistes ont envoyé un courrier adressé au Président Islam Karimov en exigeant de libérer et de rétablir les droits légitimes des 23 hommes d’affaires innocents et injustement inculpés.   

Peu après, le 15 avril 2005, lorsque Tadjibayeva participait à la conférence de presse du Ministère de l’Intérieur, elle a été kidnappée, insultée et accusée de se mêler de l’affaire d’Andijan. Ce jour-là, dans le bâtiment appartenant au service régional des affaires intérieures à Kouïlouk où elle avait été emmenée, Tadjibayeva a été violée.

Tout d’abord, jusqu’au 13 mai 2005, elle était contrainte à la détention à domicile avant d’être arrêtée. Du 13 au 17 mai 2005, elle était détenue dans un local du Ministère de l’Intérieur de la région de Ferghana. Lorsque les résultats de ses recherches liées aux événements se déroulant en mai 2005 à Andijan ont été publiquement annoncés, elle a été arrêtée.  

Pour avoir critiqué publiquement des pouvoirs ouzbeks, ayant violemment réprimé les participants à la manifestation pacifique dans la ville d’Andijan, elle a été arrêtée le 7 octobre 2005, juste avant son départ à Dublin pour la conférence internationale sur les droits de l’homme. Elle a été accusée de 18 chefs d’accusation et le tribunal l’a reconnue coupable pour 13 d’entre eux. Elle a été condamnée à huit ans de prison ferme et l’association «Club des Cœurs Ardents» qu’elle avait créée est devenue l’unique organisation en Ouzbékistan interdite par décision judiciaire.

La pression et les provocations contre les militants du «Club des Cœurs Ardents» continuaient après l’arrestation de Tadjibayeva. Les militants du «Club des Cœurs Ardents» étaient contraints de cesser leur activité à cause des répressions subies suite à l’arrestation de Mutabar Tadjibayeva.

Après l’arrestation de Tadjibayeva, des poursuites judiciaires ont été entamées contre sa fille Makhliyo Akramova, contre le mari de sa fille Mourad Akramov, contre le militant du «Club des Cœurs Ardents» Mamirjon Missiraliyev, contre la sœur de Tadjibayeva, avocate et défenseuse des droits de l’homme, créatrice du groupe «Juristes contre les tortures» Makharram Tadjibayeva. A cause de la pression internationale, le 22 décembre 2005, le régime politique était contraint de fermer les affaires judiciaires contre ces personnes selon l’article 83 partie 1 du Code pénal de la République d’Ouzbékistan. 

Durant le procès de Mutabar Tadjibayeva, le célèbre militant pour les droits de l’homme Talib Yakoubov avait écrit:

«Il est impossible de citer tous les articles du Code Criminel de la République d’Ouzbékistan pour lesquels elle est inculpée: ils sont au nombre immense de 18. Il me semble que c’est un cas sans précédent, non seulement dans l’histoire de l’Ouzbékistan indépendant mais dans l’histoire de la justice ouzbèk en général, incluant la période soviétique. En tout cas, aucun des spécialistes ne peut se rappeler d’un cas similaire.

Si cela est arrivé, c’est que

– soit, M. Tadjibayeva a tellement causé d’ennui au gouvernement qu’il a décidé de jouer quitte ou double, comme on dit «ainsi soit-il!»;

– soit, ils craignent quelque chose de considérable;

– soit M. Tadjibayeva occupe la seconde place après Oussama Ben Laden et qu’elle doit être jugée non seulement par le bon tribunal ouzbèk, mais aussi par le tribunal pénal international. 

Le cher lecteur a probablement noté l’ironie de notre part concernant le troisième cas. M. Tadjibayeva n’est pas une terroriste mais une des femmes ouzbèks les plus courageuses (peut-être la plus courageuse) qui lutte avec une rare bravoure contre la terreur gouvernementale en Ouzbékistan. Parlons des deux premiers cas, car ils contiennent tout le «malheur» de M. Tadjibayeva…»

En République d’Ouzbékistan, Madame Tadjibayeva a été victime de tortures et d’autres formes de violences durant sa détention pour une mise en examen fabriquée de toutes pièces.

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